L’Alliance Française de Macao et la Librairie PIN-TO ont le plaisir de vous inviter à une rencontre avec Gérard Henry, auteur de Chroniques Hongkongaises samedi 25 avril à partir de 14h30 à la librairie Pin-to (Place du Leal Senado)
copyright Photo @ Sonia Au Kalai
Librairie Pinto : Tel.28330909
Dans le bruit et la frénésie, de jour comme de nuit, Hong Kong est ouverte à l’aventure, toujours en mouvement et en quête d’identité. En 1984, ses sept millions d’habitants apprennent que leur ville, sous protectorat britannique, sera bientôt rétrocédée à la Chine. Cette annonce fut vécue dans une relative sérénité qui se mua vite en inquiétude. À la suite des événements de la place Tienanmen, en 1989, ils furent des centaines de milliers à envahir les rues. Quel avenir pour Hong Kong, quelle mémoire collective dans les bras de cette Chine-là ? D’un jour à l’autre, les Hongkongais se virent orphelins, sentiment que le plasticien Raphael Chan sut décrire en ces termes : « Hong Kong semble un bébé orphelin vivant depuis cent ans, incapable de se rappeler le visage de ses parents. Il peut parler beaucoup de langues étrangères, mais il a totalement oublié la langue maternelle […] Maintenant, il va rentrer à la maison, mais il a peur de ne plus avoir de liberté car il y a beaucoup de règles dans la grande famille, une restriction au droit de parole, aucune objection envers les aînés. »
La langue maternelle : c’est elle qui inspire les chroniques que signe, tel un calligraphe, Gérard Henry. Quelques traits, des odeurs, des sons, et voici la vie quotidienne transformée en récit, un art porté ici par une grande sûreté du geste. Des chroniques qui, durant dix années, ont raconté l’air du monde qui changeait à Hong Kong. Nombre d’entre elles ont nourri deux émissions de la Radio Suisse Romande, « Le Petit-Déjeuner » et « Presque rien sur presque tout ». Ces papiers-calligraphes se distinguent des textes radiophoniques par un souffle charnel véritablement made in Hong Kong. Au cœur de ces textes, une prise de risque documentaire et un souci de dévoiler la face cachée de l’identité hongkongaise, très loin des cours de la Bourse, de l’hippodrome chic de Happy Valley et des vitrines rutilantes de Central.

Langue maternelle et vie devant soi : sous la forme de petites nouvelles, les chroniques de Gérard Henry modifient, au fil des ans, des événements et des tragédies, la perception que l’on a généralement de Hong Kong. Musiques de cabaret évanouies dans le fracas des tramways, nappe de mélancolie flottant sur la baie, couleurs trop vives, enfants en larmes dans des appartements minuscules : les récits de Gérard Henry témoignent, semaine après semaine, de cette si parfaite irréalité qu’est Hong Kong. Une ville qui se situe entre le petit Shanghai montré par le cinéaste Wong Kar-wai dans son retentissant In the Mood for Love et l’image d’une cité inversée représentant une maison de thé, telle que l’a dévoilée l’exposition Investigation of a Journey to the West by Micro + Polo, en 2005.
Il y a de tout dans les chroniques de Gérard Henry, visite d’ateliers de peintres, commentaires culinaires, découverte de la littérature et du cinéma hongkongais, manifestations et luttes politiques, grippe aviaire et épidémie de SRAS. Les chroniques saisissent sur le vif la réalité de la Perle de l’Orient : images et saveurs, souvent aigres-douces. Une photographe qui court après les nuages, des histoires d’amour de chaque côté de la frontière, des parfums de gingembre dans les marchés nocturnes et des fantômes affamés errants dans les rues. Et l’histoire vraie de l’empereur de Kowloon, roi du graffiti exposé à la Biennale de Venise, cauchemar pour la police hongkongaise, Oncle Tsang pour ses voisins, mort pauvre durant l’été de 2007. Une si parfaite irréalité.
Patrick Ferla